Contribution de Jean Frederic Baeta

Quelques idées un peu en vrac

 

Placer le sujet

Depuis toujours déjà on entend pour la première fois les voix éclatées d’une société en révolution qui invente, jour après jour, des formes inédites d’expression et d’action politique..[1].
L’important c’est, aujourd’hui comme hier, davantage de placer le sujet dans le mouvement éprouvé des possibles.

 

Que ce soit au sein d’une lutte, dans une action internationaliste, dans un débat public, ce qui détermine le sujet, c’est ce qu’il réalise de lui-même au sein des solidarités vécues.

 

Pour autant, l’horizon du grand soir est probablement un paradigme plus infiltré dans les représentations actuelles de la révolution qu’il n’y paraît.

 

D’autre part, la question du positionnement de l’organisation au regard des autres organisations et de la pseudo gauche est une question différente et probablement secondaire car les alliances réelles elles aussi probablement ne s’éprouvent et ne se vérifient que dans les luttes et le conflit. A cet égard la position anti-capitaliste semble intéressante.

 

Il y a peut-être à sortir du référentiel d’une gauche institutionnelle française toujours conservatrice et en définitive toujours contre révolutionnaire ; les alliances réelles ou potentielles des directions sociales-démocrates et des directions du P.C.F. déplacent dans le modèle de la démocratie bourgeoise le centre de gravité des luttes réelles.

Ce que la mouvance anti-fasciste et/ou anti-impérialiste indique avec précision c’est le jeu objectif de ces pseudo gauches pour réguler les rapports de force en faveur d’un réformisme bourgeois parfaitement compatible avec la gestion du capitalisme national et international.

 

Il est très difficile aujourd’hui de séparer dans les esprits les courants constituants de la gauche révolutionnaire française (commune de Paris, grandes grèves du 20eme siècle) de la « gauche politique » en charge de leur récupération...

 

L’important donc c’est de placer le sujet, plus tard, il pourra dire je... affaires de commencements.

 

Par sujet, il faut entendre ce qui par sa présence se rend disponible aux possibilités innombrables de l’instant.  

 

Le plus délicat dans cette « entreprise » de l’événement révolutionnaire, c’est de repérer, d’inspirer et d’organiser quasi dans le même temps les formes inédites d’expression et d’action politique.

 

Il ne s’agit pas de rompre à tout prix avec nos traditions et avec l’histoire des luttes et des émancipations au nom d’un inédit de principe mais d’interroger notre capacité à mobiliser par des actions en prise directe avec ce qui émerge dans une société qui est déjà en révolution même si ces éléments ne transitent pas par le journal de 20 heures.

 

Et à organiser suffisamment, par une technique suffisante et éprouvée, c'est-à-dire pas trop, au risque de congédier l’éphémère qu’il nous revient pour autant d’affronter.

 

A cet égard il me semble impossible de trancher nettement aujourd’hui entre ce qu’on peut appeler un mouvement et d’autre part le modèle classique du parti.

 

Si le mouvement est plus proche de la vie et de la génération qu’il épouse, le parti canalise et oriente avec plus d’efficience mais il porte aussi en lui le risque de toutes les corruptions bureaucratiques et des « compromis historiques » du jeu politicien. Ce dernier jeu me semble impossible à subvertir de l’intérieur si l’on en croît l’adage « Asinus asinum fricat » (L’âne frotte l’âne...).

 

 

 Il y a donc de l’organisation à inventer, coordinations souples capables de tirer les leçons de ce que le modèle des guérillas a démontré par la force de la ruse quand l’ennemi est militairement dominant.

 

Performances....

Comme l’expérience de Mai 68 l’a montré, les pratiques de création et d’invention sont essentielles à l’action résolue et inspiratrice d’autres actions.

 

Visibilité et médiatisation, information et invention, communication de pratiques sociales ouvertes. S’il est vrai que la révolution était jusqu’à nos jours un vrai métier, peut-être celui-ci mérite-t-il, pour s’exercer aujourd’hui, de vrais laboratoires pour des mouvements de performances visant d’abord à infiltrer / se laisser infiltrer par/ le tissu social et l’art.

 

 

 

Pour moi, la question écologique est intimement liée à la question sociale.

 

C'est la même logique matérialiste de destruction qui est à l'origine aussi bien de la déforestation que de l'exode rural, la même logique qui jette les objets après usage que celle qui jette les salariés quand on les remplace par des machines, c'est la même logique qui importe des ressources naturelles des pays du Sud que celles des marchands de sommeil qui font venir des immigrés clandestins et qui les renvoient ensuite chez eux, comme ils renvoient les déchets encombrants.

Il faut lire là-dessus Eldorado de Laurent Gaudé et ouvrir les offensives en conséquence.


Il y a donc urgence à relier par principe la perspective écologique radicale et la perspective des luttes sociales.
Comme nous l'apprennent les lois de l'écologie : plus un milieu est complexe, plus il est capable de s'adapter.

Soyons donc complexes, différents, multiformes ouverts, voire pourquoi pas tolérants. 

 Il est important de développer ces attitudes multicolores car « si demain nous continuons à négliger les problèmes écologiques, les conséquences sociales sont faciles à deviner : un égoïsme de plus en plus féroce des riches pour se protéger d'une majorité de gens de plus en plus pauvres. Quelques îlots de prospérité dans une masse de misère, avec des mesures très strictes pour se protéger, ce que nous proposent déjà l'extrême droite qui demain peut évoluer vers un éco-fascisme des plus totalitaires. »
(Revue « Silence »)

Jean-Frédéric BAETA

 



[1] La revue Silence porte les initiatives en matière d’alternatives concrètes au capitalisme ambiant.

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