Éléments de réponse à Raoul Marc Jennar...

Les questions soulevées la semaine dernière, dans « Rouge », par Raoul Marc Jennar s’inscrivent dans un débat nécessaire. Voici quelques éléments de réponse.

Les élections italiennes et l’adoption par le PS d’une nouvelle déclaration de principes viennent illustrer deux tendances lourdes, qui sont au cœur de la démarche de notre projet. Face à un capitalisme brutal et sauvage, la gauche traditionnelle se décompose, incapable de fournir les armes et les repères permettant de combattre les Berlusconi et autres Sarkozy. Le déclin des partis communistes est irréversible : il sanctionne une série d’événements qui se sont joués au XXe siècle. La mutation des PS en partis « démocrates », gestionnaires encore plus fidèles du système, est un phénomène européen bien ancré. Le mouvement syndical lui-même est travaillé par cette même logique d’accompagnement du capitalisme libéral.

Pourtant, les résistances sociales et politiques sont nombreuses, ici ou ailleurs. L’heure est à la « reconstruction », tant l’offensive actuelle brise des droits accumulés depuis des décennies. Pour nous, un nouveau parti anticapitaliste, pour le socialisme, ne consiste pas, en un simple retour en arrière nostalgique, aux bases du mouvement ouvrier au XIXe siècle. Ce processus doit intégrer le meilleur des expériences accumulées et se poser les problèmes de notre temps. Impossible aujourd’hui de regrouper les forces disponibles pour une transformation révolutionnaire de la société sans intégrer, au cœur du projet, le féminisme, l’internationalisme et l’écologie. Ici, ton souci d’acceptation de différentes cultures militantes rejoint une nécessité stratégique et programmatique. Nous-mêmes, à la LCR, présents depuis de nombreuses années dans les combats que tu cites, sommes disponibles à travailler dans un même cadre avec celles et ceux dont l’engagement premier vient de ces terrains de lutte.

Mais le débat sur la forme « parti » vient également illustrer cette dialectique de reconstruction et d’invention. Le mouvement ouvrier a connu, entre autres, des dérives que nous croyions absolument vital de ne pas reproduire : la canalisation d’une stratégie révolutionnaire dans le cadre d’institutions dites démocratiques, avec son lot de renoncements « réalistes » et « gestionnaires » et de bureaucratisation des partis et des syndicats. La première question a été au cœur des problèmes rencontrés, l’an passé, avec le PCF et certains antilibéraux ; ce débat s’est poursuivi lors des élections municipales.

C’est sur la deuxième question que portent tes interrogations. Il nous faudra construire un parti démocratique, une force collective agissante. Cela implique liberté de débats, circulation généralisée des informations, effort particulier porté sur la formation, exposé de points de vue contradictoires et reconnaissance de la possibilité de s’organiser en tendances ou courants, de faire connaître publiquement des désaccords, d’élire les directions à la proportionnelle. Mais, également, la rotation de celles-ci, afin d’éviter au maximum la professionnalisation de la politique, ce qui implique contrôle et transparence de ceux qui travaillent pour le parti. Nous tentons de le faire à la LCR, avec sans doute des forces et des faiblesses… Toutes ces questions devront trouver des réponses, les statuts du nouveau parti devront codifier la démocratie interne du nouveau parti.

En ce qui concerne la question « particulière » que tu nous as posée concernant Christian Picquet, nous avons fait, sur notre site, une mise au point et nous ne voulons pas, dans ces colonnes, entretenir une polémique inutile. La tendance qu’il anime dispose de droits et de moyens – dont certains ne sont pas utilisés pour l’heure… – comme une tribune hebdomadaire permettant d’exprimer ses désaccords. Nous espérons pouvoir poursuivre cette discussion avec toi, avec d’autres, alors que le processus de ce nouveau parti entre désormais dans une phase active.

Pierre-François Grond, Christine Poupin